Faut-il une forge dédiée aux logiciels du secteur public ?

En avril 2003, l’association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales (ADULLACT) a ouvert Adullact.Net, la première forge publique de logiciels libres métiers sur fonds publics.

En février 2005, l’agence pour le développement de l’administration électronique (ADAE) avait créé la plateforme AdmiSource afin de favoriser la capitalisation des savoir-faire et la mutualisation des initiatives pour le développement des systèmes d’information dans les administrations.

En février 2008, la direction générale de la modernisation de l’Etat (DGME) a arrêté la forge AdmiSource et annoncé sa fusion dans Adullact.Net

Mais actuellement, de plus en plus de développements réalisés par le secteur public sont hébergés sur d’autres forges et particulièrement GitHub.

Alors faut-il une ou plusieurs forges dédiées aux logiciels du secteur public ? Quels sont leurs avantages et leurs contraintes ?

Un des arguments avancés pour justifier l’existence d’une forge dédiée aux logiciels du secteur public est de permettre le recensement des projets libres développés dans le cadre des missions de service public.

Mais ce recensement a-t-il un intérêt réel, sachant que :

  • Les missions de service public sont tellement variées, qu’un catalogue généraliste n’a pas forcément un grand intérêt pratique.
  • De nombreux logiciels libres utilisés par le secteur public ne sont pas développés par lui.
  • Peu importe qui a initié un projet libre, que ce soit le secteur privé ou même un autre pays, du moment qu’on peut y contribuer et si nécessaire l’adapter à ses propres besoins.
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Que ce soit une forge dédiée (ie une instance de gitlab ou autre hébergée par l’état) ou une publication dans une forge existante me semble assez similaire au premier abord.

Après, dans une logique qui colle un peu à la « souveraineté numérique » (terme que je trouve un peu étrange), on peut se dire que c’est plutôt mieux d’héberger notre propre forge plutôt que de dépendre d’un service hébergé par une entreprise privée et étrangère.

Dans tous les cas, il faut que la publication soit facile à trouver, et un annuaire me semble pertinent. A défaut, une organisation (par ministère ou autre distinction facilement reconnaissable pour les français) dans github, ou une forge dédiée à ça qui ferait annuaire comme dit plus haut.

La chose intéressante, il me semble, c’est vraiment la partie collaboration et communautaire qui pourrait émerger d’une telle publication. Permettre aux citoyens de s’investir sur nos outils me semble très pertinent (les USA ont lancé une démarche similaire par exp).

Bonjour,
pour information, ADULLACT travaille en ce moment même au développement d’une plateforme destinée à fédérer l’ensemble des logiciels libres accessibles sur diverses forges.

A 1ere vue, il semblerait que ce projet réponde à votre question: nous sommes parti du principe qui existe et existera sans doute d’autres dépôts de logiciels libres; c’est dans le but de faciliter l’accès de ces objets libres aux collectivités mais par extension, à tout le monde, que nous avons choisi de lancer ce projet.
Cette plateforme assurera d’autres fonctions comme un moteur de recherche unifié, la liste des prestataires capables d’intervenir sur ces logiciels, des notations communautaires, une notation relative à la vivacité du projet, et bien d’autres indicateurs destinés à aider le décideur/utilisateur à trouver le logiciel recherché.

Quelques documents existent déjà pour décrire ce projet et une 1ere démonstration publique aura lieu en juin 2016, à l’occasion du congrès ADULLACT.

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C’est intéressant en effet.

Par contre, on dirait que vous proposez plutôt un annuaire, si je ne me trompe, qui permet à n’importe qui de choisir une solution libre pour répondre à ses besoins.

Mon intérêt est plutôt côté dévelopeur, et particulièrement sur les projets initiés par l’administration publique dont le code peut être donné à qui le demande :slightly_smiling:

En ce qui me concerne (toujours en tant que dévelopeur), c’est dans le but de voir le code, comprendre comment le logiciel fonctionne, et pourquoi pas y contribuer. Je pense par exemple à cette organisation github https://github.com/sgmap où il m’est possible de proposer une correction de bug, ou d’intéragir directement avec les développeurs de mes-aides.gouv.fr par exemple.

Pour moi l’intérêt d’une forge publique ou d’un git de l’Etat (le terme « forge » est sûrement un peu daté) va bien au-delà d’un annuaire des projets open source des administrations.

Sur Github la valeur ajoutée est dans la communauté et le partage, l’essaimage des bonnes pratiques entre les différents projets, entre des équipes qui n’ont rien à voir a priori (et qui ne communiqueraient pas si leur code était sur des plateformes différentes simplement liées entre elles par un annuaire).

Accessoirement, git•gouv•fr, ça en jette ! :smile:

Enfin, dernière remarque : git ça n’est pas que pour le logiciel, c’est aussi pour la Loi :slightly_smiling: :

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L’argument du recensement ne justifie pas l’existence d’une forge, en effet.

Ce qui justifie l’existence d’une forge, c’est le fait que le code est un patrimoine, et que s’il a été payé avec de l’argent public, on doit pouvoir le trouver.

Il n’y a pas besoin de forge pour utiliser du logiciel libre. Il en faut une pour poser du code libre qui a été payé par de l’argent public (le client n’a que faire d’une forge, et le code n’a pas à être chez le prestataire). C’est ce qui a motivé le montage de la forge de l’Adullact, qui s’est vue confier depuis les souches de la forge Admisource (autour de la même idée).

L’Adullact fut probablement l’une des premières (elle a inspiré Admisource et Osor - cette dernière fondue depuis dans le méta-projet Joinup).
Depuis, il existe des forges patrimoniales dans le monde entier.

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Diversité oui, mais attention à ne pas réinventer sans arrêt l’eau tiède. On crève de tout ce travail dupliqué par de multiples silos par manque de pot commun.

Hors code, certains projets collaboratifs fonctionnent très bien justement parce qu’ils centralisent des efforts. Exemple: wikipedia, OpenStreetMap…

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Bonjour,

Pour info, dans la communauté « Enseignement Supérieur Recherche » (ESR), via Renater nous avons une forge qui tourne, et bien (admin très réactifs), avec de nombreux outils associés à chaque projet : svn, git, dokuwiki, sonar, jenkins, …
https://sourcesup.renater.fr/

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Pas vraiment, une forge rassemble plus d’outils (Wiki, gestions des tickets, intégration continue…) qu’un simple logiciel de contrôle de version (comme git). C’est juste que github à tendance à brouiller les pistes.

Pour la pertinence d’une telle forge, je pense que cela a du sens quand on parle de projets initiés par le secteur public car cela permet de s’affranchir de pleins de points potentiels de frictions:

  • Pourquoi un organisme public confierai-t-il ses données (si libres soient elles) à une entreprise (github, gitlab.inc… augmentant ainsi la valeur de leur plateforme) ?
  • Comment choisir le prestataire ? Faut il faire un marché public ?
  • Serait-ce normal de laisser le monde associatif (e.g. framasoft) supporter le coût de l’infrastructure ?"

Cependant, quand un projet existe déjà sur une autre plateforme et/ou n’est pas initié par le secteur public, cela n’a pas de sens de le déplacer ou de maintenir un fork/miroir par pur chauvinisme.

Au final une instance officielle de gitlab CE (ou de Fusion Forge comme celle de Rénater mentionée plus haut) comme hébergement par défaut des nouveaux projets publics me semble pertinente, mais il ne faut pas que cela devienne une usine à gaz ingérable ou que cela empêche de contribuer ailleurs.

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Outre le recensement, une forge permet aussi de garantir l’accès au code, en particulier l’écriture:
Si on parle d’un logiciel qui sera déployé dans l’administration avec les données privées des citoyens en jeu, pas question de faire confiance à un tiers pour empêcher les contributions fantômes dans le code!
Et puis on peut voir plus loin que la forge classique:
Requêtes pour nouvelles fonctionnalités avec budget prévu « privé », possibilité pour les autres administrations de « miser » sur la requête leur budget maximal, et possibilité pour les entreprises de faire des propositions commerciales.
Un arbitre compare le tout à la fin et lance, ou pas, le projet.

Depuis le 24/07/13 il existe SourceSup https://sourcesup.renater.fr/ une plate-forme web de gestion de projet, destinée aux établissements d’enseignement supérieur (universités, écoles d’ingénieurs, …) et aux organismes de recherche français.
Ce site propose les outils :

  • pour l’hébergement et la gestion collaborative de sources par Subversion, Git.
  • un serveur d’intégration continue Jenkins.
  • un serveur d’analyse de code Sonar.
  • des listes de diffusion.
  • des forums de discussion.
  • ds outils de rapport de bogues, de demande de fonctionnalité, de gestion de patch, gestion de tâches.
  • une gestion de documentation, gestion de sondages, hébergement de pages web.

Le service SourceSup est gratuit et ouvert à tous les membres de l’éducation supérieure et la recherche.

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Bonjour,
Il faut aussi voir ce qu’il y a autour de la forge et qui rend service aux développeurs et utilisateurs. A titre d’exemple GitHub est interfacé avec le gestionnaire de publication de documentations ReadTheDoc, divers outils d’intégration continue qui peuvent jouer des scénarios de tests automatiques à chaque modification du code etc. etc. Je partage l’avis de @cquest

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Pourquoi seulement pour le secteur public ?

Il serait bien de penser « global et transversal » !

Il faut aussi penser autant à outils de développements que moyens humains et financiers !

Et bien sur il faut aussi penser a faire participer le plus grand nombre donc sans barrières, sans clans …

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@bonob0h - Je souscris à cette remarque en tant que citoyen : la nation c’est tout le monde. Public, Privé, Civil et relations internationales (là où intervient la « souveraineté » par l’autorité des standards nationaux - de l’AFNOR et des pratiques communes). La RFC 6852 identifie des « communautés globales » mais ne va pas au-delà de la communauté globale implicite des GAFAMUSCC. Je plaide pour une expérimentation plus loin: xlib.re. Une forge.gouv.fr ou celle de l’Adullact ou une forge.technofrance.tf devrait être l’assurance d’une cohérence des échanges par le respect d’une bonne pratique standardisatrice nationale. Ne serait-ce que dans le support de l’orthotypographie française (francophonie).

Même si nous sommes dans un espace de spécialistes … ça serait sympa de limiter les sigles et autres termes pro ou alors de les expliciter … si bien sur on veux que le plus grand nombre s’intéresse au libre et vienne participer et donc commencer ici :wink:

Concernant les acteurs cités ou l’existant du libre je pense qu’il faut de nouvelles structures plus ouvertes car un des problèmes majeur est un libre enfermé sur lui même.

Par ailleurs il faut aussi développer un libre d’avant garde qui sache s’adresser et impliquer le plus grand nombre ce que les acteurs actuels dénigrent ou simplement ignorent ( vécu )

Encore une fois la simple forge ne suffit pas, et il faut aussi une organisation neutre et qui sache accueillir tout le monde …

Il faut aussi un objectif lune global, transversal et d’avant garde qui sache mobiliser le plus grand nombre … acteurs comme simples utilisateurs …

La mise en place d’une plateforme web telle que SourceSup est une bonne initiative, il est dommage qu’elle soit destinée à un monde fermé ce qui crée à nouveau un silotage. Dans beaucoup de cas, les besoins que pourraient avoir l’enseignement supérieur et la recherche, existent également dans d’autres secteurs et vice-versa.
D’ailleurs, il me semble qu’il existe également d’autres plateformes Web de gestion de projets au sein du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. On retrouve ainsi, encore une tendance à créer des silos au sein d’une même administration … et sans parler des autres plateformes similaires qui doivent exister dans les autres administrations.
Les responsables de SourceSup seraient-ils « ouverts » à une discussion pour définir les fondements d’une plateforme web à l’échelle de l’Etat, sans « pré-filtrage » des usagers, ce qui n’empêche pas d’avoir des domaines thématiques dans l’organisation des projets sur la plateforme ?

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Tout à fait d’accord, il faut limiter l’usage de sigles … ou alors les expliciter.

Il n’est pas sûr qu’il faille de nouvelles structures plus ouvertes … il en existe déjà beaucoup, voire beaucoup trop, nombres d’entre-elles, doivent ré-inventer l’eau tiède comme le souligne cquest. Ce qui manque, c’est plutôt une sorte de communauté des communautés qui aille au-delà des questions d’outils, de plateformes, qui propose une ou des doctrines communes, dont découleraient des stratégies tant sur le code, que les données, mais, également sur des règles métiers. Après que ce soit du logiciel libre, du logiciel propriétaire, pour le secteur public national ou le secteur public européen, voire international, n’est qu’une question de choix de chaque acteur, en fonction de ses priorités et de ses contraintes de moyens ou de ressources.

Le problème des structures actuelles du Libre c’est justement leur manque d’ouverture et leur propension à ne voir et faire valoir que leurs prérogatives … et généralement impossible même de discuter ! Donc hormis une nouvelle initiative par des personnes, sans attaches, ouvertes et qui vont dans le sens de l’innovation et des utilisateurs je ne vois pas de salut avec le libre actuel. C’est le pourquoi d’un projet de Fond de Dotation en réflexion constructions que je mène avec notamment http://philippe.scoffoni.net/ et qui est aussi un complément à un autre projet de GIE de l’hébergement pour le Libre et l’Intérêt Général.
Dans les deux cas la notion d’Intérêt général à pour but de faire participer tout ce qui relève de l’état, administration, collectivités, association, enseignement, etc et acteurs du libre autant particuliers qu’entreprises. Et en plus on y intègre un numérique d’avant garde …

Donc l’Etalab et tous les autres sont les bienvenu pour en parler voir construire … Autrement

Coté propriétaire / libre la aussi difficile de mélanger … donc une forge commune à ces deux la est quasiment de l’impossible hormis d’y intégrer un tribunal pour gérer les conflits :wink: