Saint-Léger : l'école Jean Moulin libérée !

Bonjour,

dans ma commune, lorsque les licences microsoft ont été payées l’an dernier par la ‹ cop › de l’école et pas par la mairie, l’équipe pédagogique a vu une nouvelle motivation au passage à linux qui déjà était en marche depuis 6 ans.

Mais je dois être honnête : la mairie n’ait rien « imposé » et les enseignants étaient déjà ouverts, réceptifs et volontaires à l’utilisation de linux et des logiciels libres.

Le rôle de l’élu que je suis, au delà de mon analyse de la situation et de mes convictions sur le sujet, était et reste d’ailleurs avant tout d’écouter l’équipe éducative.

Aujourd’hui le libre est en passe d’être généralisé à l’école du village. Fort des quelques années d’expérience pour arriver à ce résultat, voici en synthèse mon constat suivi de quelques conseils à ceux qui souhaiteraient s’engager dans ce genre de démarche :

Il est certain que le numérique occupe désormais une place fondamentale à l’école, autant dans le fonctionnement des établissements (dématérialisation administrative généralisée type ‹ base élève ›), que dans l’enseignement, les modalités de transmission des savoirs et même dans l’organisation sociale de la classe (voir par exemple le concept classe inversée).

Pour l’équipe pédagogique, l’informatique est devenue certes incontournable mais la préoccupation des enseignants est me semble-t-il avant tout « que ça marche » (quand on a 30 bambins à occuper, pas question que le TNI soit en panne pendant trois semaines). Il faut aussi que ce soit « facile d’utilisation » (et ce qu’il faut comprendre là c’est qu’un prof n’a pas envie de refaire ses supports de cours tous les quatre matins uniquement parce que la suite logicielle sur laquelle il a investi laborieusement à encore changé ; n’a-t-il pas assez à faire avec les changements dans les programmes scolaires ?).

Ce dernier point est bien plus fondamental qu’on le croit : aujourd’hui on voit des enseignants se renseigner sur la marque des TNI installés dans un établissement avant d’accepter d’y être affecté : ils n’ont aucune envie d’avoir à se réapproprier complètement un nouveau logiciel de ce genre. Pour ma part, non seulement je les comprends, mais mieux je les soutiens sans condition : j’affirme en effet qu’il est hautement souhaitable que les enseignants passent leur temps, leur réflexion et leur énergie à autre chose pour préparer leurs classes qu’à continuellement se former à des outils informatiques (et c’est le père de famille qui s’exprime sur ce point).

Si je puis me permettre d’ajouter ceci et d’enfoncer le clou : sur le principe, je ne souhaite par ailleurs en aucun cas voir l’agenda des formations des enseignants de France soumis aux calendriers marketing de sociétés privées (qu’elles soient françaises, américaines ou mondialisées d’ailleurs); je ne souhaite pas non plus voir les enseignements être asservis sans contrôle ni partage aux modalités d’appropriation cognitives embarquées dans les logiciels que ces sociétés distribuent (et là c’est le citoyen qui s’exprime).

Tout cela étant dit, soyons concrets et parlons d’une « école libérée » :

Avec les enseignants, je termine actuellement le déploiement GÉNÉRALISÉ de linux et de suites logicielles libres pour l’apprentissage dans l’école primaire de la commune que j’ai l’honneur de servir. Soyons clair sur le contexte : nous sommes un village avec une (et une seule) école primaire qui comprend 6 classes (de la PS au CM2).

La mise en place du libre à l’école nous aura pris 7 ans :

  • 7 ans pour convaincre,

  • 7 ans pour chercher et pour introduire à chaque fois que possible des outils libres au milieu des solutions privatrices ou cloud qui étaient proposés par les fournisseurs dans le cadre des marchés publics (souvent bien sûr -et c’est normal- avec des arrières pensées marchandes pour les entreprises qui les distribuaient). Sur ce point, il faut comprendre que les communes, même si ce sont elles qui paient et mettent à disposition, ont de moins en moins de marge de manœuvre pour peser sur les choix techniques : soit elles prennent ce qu’on leur dit de prendre, soit elle n’obtiennent pas les subventions : c’est un véritable engagement si l’on veut réorienter les choses sur le terrain.

  • 7 ans pour organiser des séance de sensibilisation et même de formation des enseignants (et oui, chez nous la mairie organise des formations destinées au personnel de l’EN) : je dois d’ailleurs témoigner ici de l’engagement et de l’accueil qu’a manifesté chez nous l’équipe pédagogique pour ces formations.

  • 7 ans pour réfléchir à l’architecture technique du SI scolaire et le déployer dans le cadre du SI municipal (nous en avons par exemple profité pour virtualiser un serveur d’applications municipal et installer une machine virtuelle dédiée au filtre scolaire : solution amon école).

  • 7 ans pour mettre en place des canaux et maintenir un calendrier de dialogue opérationnels avec les enseignants dédié au numérique à l’école (revue annuelle du parc informatique, etc.).

Bref …

Tout cela n’aurait pas pu se faire sans partenaires (financements, conseils techniques, etc.), notamment dans notre cas la DSI du rectorat de Versailles dont certains membres se sont déplacés dans le fin fond du sud Yvelines pour apporter leur précieux concours.

Le travail de fond a été fait, et je vais donc terminer à la demande des enseignants l’installation de tous les postes en linux la semaine prochaine pendant les vacances.

De ma petite expérience, voici quelques clés pratiques pour en arriver là :

  • ne pas sous estimer la tâche

  • tester et faire tester les outils avant de les proposer

  • convaincre, surtout les enseignants ! (à la fin, ce sont eux les utilisateurs).

  • PHASER (commencer par installer un ou deux postes, prouver aux enseignants que les logiciels libres sont meilleurs que les privateurs -et c’est dans la majorité des cas la réalité des faits. Pour moi la raison est que les logiciels libres sont affranchis dans leur conception des contraintes de rentabilité financière : pas d’obsolescence programmée, pas d’asservissements au matériel et donc portabilité, etc.-)

  • être réaliste et engagé sur les problématiques de maintenance et de suivi du parc

  • ET surtout, surtout, NE PAS SE DÉCOURAGER.

Et pour brosser complètement le tableau, il ne serait pas honnête d’omettre le point suivant : le sevrage n’est dans notre cas pas à 100% (d’ailleurs doit-il l’être, c’est peut-être aussi une bonne question à se poser : les logiciels privateurs sont parfois très bien conçus et peuvent aussi mériter d’être montrés aux enfants).

Pourquoi pas à 100% ? Deux TNI sur les trois que compte l’école sont des « prométhéan » qui ont été livrés à l’époque avec des PC sous xp et le logiciel qui va avec. J’ai vu qu’il existait une version linux du logiciel, mais nous n’avons pas encore pu la tester, par ailleurs tous les enseignants ne sont pas prêts à passer à Open Sankoré.

Ensuite, les enseignants disent recevoir régulièrement des formulaires (de l’académie notamment) rédigés sous MSoffice et pas exploitables sous libreoffice. Dans des cas comme ça, il faut être réaliste : je vais devoir laisser un ou deux poste en windows avec office (et licences OEM) : je préfère que les enseignants fassent ce qu’ils ont à faire plutôt que de dépenser leur énergie à tenter de convaincre leur hiérarchie ou leurs interlocuteurs administratifs.

Voilà, cette petite note est rédigée en réponse à quelques post que j’ai vu passer sur cette liste : bon vent à ceux qui se lancent dans l’aventure, pour les rassurer, qu’ils sachent que ce genre de démarches peut-aussi être aussi une belle source de satisfactions !

Bon courage,


Olivier Guillard
Adjoint au Maire
Saint Léger en Yvelines

P.S : au passage pour ma part j’ai choisi la distribution linux Mint.

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Merci pour le témoignage.

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Cela fait plaisir de lire ce genre d’aventure !
La liberté numérique, cela n’a pas de prix.

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Merci pour ce témoignage !

Je rejoins ce discours en tout point, notamment sur le fait qu’il ne faut pas « faire peur » avec un discours technique du linuxien qui peut être parfois un peu trop « extrémiste ».

Il faut vraiment se placer du côté de l’utilisateur, et lui montrer quel sera l’intérêt réel pour lui, plutôt que l’intérêt philosophique du logiciel libre, ou l’intérêt de l’administrateur qui n’aura pas les problèmes de virus qu’il y a sous Windows…

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Une très belle aventure réaliste.